L’autre soir dans l’avion en rentrant du Mexique, j’étais assise à côté d’un pirate. Un véritable pirate débarqué de la fin du 19ème, chemise large moitié ouverte, foulard autour de la taille, bandana tête de mort bien serré sur le crâne, longs cheveux noirs jusqu’aux omoplates, barbe grisonnante de 8 jours, un cache-œil tenu par une sangle. On aurait dit le Capitaine Jack Sparrow dans Pirates des Caraïbes. Très intriguant cet homme ! Il lui manquait juste un perroquet sur l’épaule et une carte au trésor sur les genoux. En réalité il jouait à Candy Crush sur son portable avec toute la concentration que peut permettre la vision d’un seul œil. J’observais du coin de mon œil à moi cet homme au look de pirate assumé, imaginant mille scénarios, 1000 aventures sur son navire, me disant que sa p’tite valise cabine cachait sûrement son butin de bois, de fourrures, de soie, de coton et d’épices, et qu’il avait dû planquer son trésor d’or et d’argent sous le cocotier d’une île perdue. Sur quel galion, sur quelle frégate avait-il traversé les mers pour arriver à l’heure à l’aéroport choper son vol Mexico-Paris ? Je l’imaginais acharné sur le pont à tirer des boulets de canon et des mitrailles sur les navires de commerce au beau milieu des Caraïbes, entre 2 jets-ski. Je le voyais déjà sortir de sa besace en cuir un grand coutelas tranchant et se préparer sous mon nez un casse-dalle au pâté. Pire, il était peut-être assis sur son tromblon et prévoyait de le dégainer à un moment du vol pour semer la panique en nous prenant pour cibles et nous chourrer nos plateaux-repas. Je commençais à me faire de sérieux films, au moins aussi élaborés qu’A l’abordage et le Vagabond des mers ! A l’atterrissage à Paris, il ne s’était rien passé de tout ça. Après sa partie de Candy-Crush, il s’est endormi la bouche ouverte et n’a pas plus ouvert son œil de tout le voyage. J’avoue que moi aussi j’ai fini par sombrer, dans des rêves aux saveurs de viande séchée archi salée et de tortues de mer aux haricots secs. Après 10 heures de vol, un peu hagards, on se déplie, on s’étire, on se sourit, on récupère en baillant nos sacs et nos valoches, et à la queue-leu-leu on sort de l’engin céleste. C’est à ce moment-là que je le vois, devant nous, notre pirate des airs. Il marche cahin-caha se balançant d’une jambe à l’autre. A gauche, une jambe musclée, à droite une longue prothèse en métal. Quelle émotion de voir cet homme, traumatisé par une amputation, assumer son handicap en l’intégrant dans un look de pirate assumé. En un instant, cet homme nous est apparu en héros, le héros qui accueille son handicap et le traverse avec un humour admirable, incroyablement touchant. Le héros qui ne cache pas sa faille mais qui l’assume et la partage, non pas de manière tragique mais avec courage. Voilà ce que sont nos patients en atelier art-thérapie : des héros fragiles qui se montrent tels qu’ils sont et se révèlent dans des œuvres créatives pleines d’inventivité ! A chacun de nous, il manque un regard, un équilibre, et nous marchons de traviole. Osons montrer nos failles, elles font de nous des pirates de lumière !
Un pirate dans l’avion !
Un pirate dans l’avion !
L’autre soir dans l’avion en rentrant du Mexique, j’étais assise à côté d’un pirate. Un véritable pirate débarqué de la fin du 19ème, chemise large moitié ouverte, foulard autour de la taille, bandana tête de mort bien serré sur le crâne, longs cheveux noirs jusqu’aux omoplates, barbe grisonnante de 8 jours, un cache-œil tenu par une sangle. On aurait dit le Capitaine Jack Sparrow dans Pirates des Caraïbes. Très intriguant cet homme ! Il lui manquait juste un perroquet sur l’épaule et une carte au trésor sur les genoux. En réalité il jouait à Candy Crush sur son portable avec toute la concentration que peut permettre la vision d’un seul œil. J’observais du coin de mon œil à moi cet homme au look de pirate assumé, imaginant mille scénarios, 1000 aventures sur son navire, me disant que sa p’tite valise cabine cachait sûrement son butin de bois, de fourrures, de soie, de coton et d’épices, et qu’il avait dû planquer son trésor d’or et d’argent sous le cocotier d’une île perdue. Sur quel galion, sur quelle frégate avait-il traversé les mers pour arriver à l’heure à l’aéroport choper son vol Mexico-Paris ? Je l’imaginais acharné sur le pont à tirer des boulets de canon et des mitrailles sur les navires de commerce au beau milieu des Caraïbes, entre 2 jets-ski. Je le voyais déjà sortir de sa besace en cuir un grand coutelas tranchant et se préparer sous mon nez un casse-dalle au pâté. Pire, il était peut-être assis sur son tromblon et prévoyait de le dégainer à un moment du vol pour semer la panique en nous prenant pour cibles et nous chourrer nos plateaux-repas. Je commençais à me faire de sérieux films, au moins aussi élaborés qu’A l’abordage et le Vagabond des mers ! A l’atterrissage à Paris, il ne s’était rien passé de tout ça. Après sa partie de Candy-Crush, il s’est endormi la bouche ouverte et n’a pas plus ouvert son œil de tout le voyage. J’avoue que moi aussi j’ai fini par sombrer, dans des rêves aux saveurs de viande séchée archi salée et de tortues de mer aux haricots secs. Après 10 heures de vol, un peu hagards, on se déplie, on s’étire, on se sourit, on récupère en baillant nos sacs et nos valoches, et à la queue-leu-leu on sort de l’engin céleste. C’est à ce moment-là que je le vois, devant nous, notre pirate des airs. Il marche cahin-caha se balançant d’une jambe à l’autre. A gauche, une jambe musclée, à droite une longue prothèse en métal. Quelle émotion de voir cet homme, traumatisé par une amputation, assumer son handicap en l’intégrant dans un look de pirate assumé. En un instant, cet homme nous est apparu en héros, le héros qui accueille son handicap et le traverse avec un humour admirable, incroyablement touchant. Le héros qui ne cache pas sa faille mais qui l’assume et la partage, non pas de manière tragique mais avec courage. Voilà ce que sont nos patients en atelier art-thérapie : des héros fragiles qui se montrent tels qu’ils sont et se révèlent dans des œuvres créatives pleines d’inventivité ! A chacun de nous, il manque un regard, un équilibre, et nous marchons de traviole. Osons montrer nos failles, elles font de nous des pirates de lumière !
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