Parmi les belles personnes avec lesquelles j’ai la chance d’entrer en lien en atelierchant-thérapie, il y a des patients très âgés au visage tout ridé de bonté. On diraitque leurs rides sont nées de la force et de la permanence de leur sourire ! Arlette n’aplus la force de se tenir debout, elle n’a plus la capacité de se nourrir seule, ni laliberté de poser des choix. D’autres, des proches, des soignants, le font pour elle.Mais quand je cherche à entrer en lien avec elle, quand je pose mon regard sur lesien et que je le soutiens, calée bien en face de son visage, disponible, à l’affût, luiproposant une mélodie, des gestes de bras lents et sobres, et que je la vois s’allumerde joie avec la ferveur d’un enfant qui découvre le sapin de Noël, chaque fois j’ai lefrisson ! Arlette a perdu le langage des mots mais si on prend le temps de semanifester à elle, dans un moment posé, dédié, personnalisé, dans une présencecorporelle adaptée à elle, alors on entend dans ses yeux, on lit sur son visage et sursa posture, toute la musique et la beauté de son être. Provoquer le lien, le chercherintensément, allume littéralement le visage d’Arlette, réveille les capacités motricesqui lui restent : elle se lance alors en miroir dans des gestes de bras, elle les ouvre,les balance, les lève, en riant de se sentir vivante. Elle se met à chantonner des airsinconnus, à bredouiller des syllabes qui la mettent en liesse. Et on se fout de ne riencomprendre, car il n’y a rien à comprendre, il y a juste à ressentir, à accueillir. Dansce réveil à la vie, Arlette a tous les âges, 5 ans, 20 ans, 100 ans. C’est simple, c’estencore plus beau que d’assister à un lever de soleil ! Il n’y a pas de méthode dansl’art-thérapie, il y a simplement la rencontre et la disponibilité de deux êtres,thérapeute et patient, à un instant T, avec leur désir commun que la vie soit plus forteque tout. Arlette avec son presque siècle est au bout du chemin, tandis que j’aiencore à priori quelques décennies devant moi. Et l’incroyable c’est que dans sonimmense précarité et petitesse, c’est elle qui m’éclaire et me nourrit. J’espère biensûr lui apporter apaisement, détente, consolation, oui c’est mon désir et mon boulot,mais si je peux toujours douter de mon efficacité, je sais en revanche avec certitudequ’Arlette est un royaume de lumière ! On sait combien la maladie est une épreuve,pour la personne atteinte et pour les proches. L’exercice du lien se trouvebouleversé, transformé, surtout quand le langage et la mémoire sont réduits audésert, mais la rencontre avec la personne fragile, chaque fois qu’elle a lieu, est unesource d’une profondeur insondable pour le cœur.
La fragilité, un royaume de lumière !
La fragilité, un royaume de lumière !
Parmi les belles personnes avec lesquelles j’ai la chance d’entrer en lien en atelierchant-thérapie, il y a des patients très âgés au visage tout ridé de bonté. On diraitque leurs rides sont nées de la force et de la permanence de leur sourire ! Arlette n’aplus la force de se tenir debout, elle n’a plus la capacité de se nourrir seule, ni laliberté de poser des choix. D’autres, des proches, des soignants, le font pour elle.Mais quand je cherche à entrer en lien avec elle, quand je pose mon regard sur lesien et que je le soutiens, calée bien en face de son visage, disponible, à l’affût, luiproposant une mélodie, des gestes de bras lents et sobres, et que je la vois s’allumerde joie avec la ferveur d’un enfant qui découvre le sapin de Noël, chaque fois j’ai lefrisson ! Arlette a perdu le langage des mots mais si on prend le temps de semanifester à elle, dans un moment posé, dédié, personnalisé, dans une présencecorporelle adaptée à elle, alors on entend dans ses yeux, on lit sur son visage et sursa posture, toute la musique et la beauté de son être. Provoquer le lien, le chercherintensément, allume littéralement le visage d’Arlette, réveille les capacités motricesqui lui restent : elle se lance alors en miroir dans des gestes de bras, elle les ouvre,les balance, les lève, en riant de se sentir vivante. Elle se met à chantonner des airsinconnus, à bredouiller des syllabes qui la mettent en liesse. Et on se fout de ne riencomprendre, car il n’y a rien à comprendre, il y a juste à ressentir, à accueillir. Dansce réveil à la vie, Arlette a tous les âges, 5 ans, 20 ans, 100 ans. C’est simple, c’estencore plus beau que d’assister à un lever de soleil ! Il n’y a pas de méthode dansl’art-thérapie, il y a simplement la rencontre et la disponibilité de deux êtres,thérapeute et patient, à un instant T, avec leur désir commun que la vie soit plus forteque tout. Arlette avec son presque siècle est au bout du chemin, tandis que j’aiencore à priori quelques décennies devant moi. Et l’incroyable c’est que dans sonimmense précarité et petitesse, c’est elle qui m’éclaire et me nourrit. J’espère biensûr lui apporter apaisement, détente, consolation, oui c’est mon désir et mon boulot,mais si je peux toujours douter de mon efficacité, je sais en revanche avec certitudequ’Arlette est un royaume de lumière ! On sait combien la maladie est une épreuve,pour la personne atteinte et pour les proches. L’exercice du lien se trouvebouleversé, transformé, surtout quand le langage et la mémoire sont réduits audésert, mais la rencontre avec la personne fragile, chaque fois qu’elle a lieu, est unesource d’une profondeur insondable pour le cœur.
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