S'abonner à l'émission lundi 28 septembre 2026 Art-thérapie Durée 3 min

Cultivons nos sources jusqu’à débordement !

En Ehpad la semaine dernière, je cherchais ma patiente Danielle. Danielle commetoutes les personnes atteintes d’Alzheimer, est fragile, désorientée, mais ce quifrappe quand on la croise, c’est son visage et son sourire, sur lesquels on lit entransparence son cœur doux comme du papier de soie.Quand j’arrive en début d’après-midi, je trouve habituellement Danielle assise dans lesalon sur un rayon de soleil, dodelinant du menton parmi ses copains d’âge, dans unroupillon bien mérité. Elle repère probablement mon arrivée à ma voix car il suffit queje fasse 2 pas vers elle pour qu’elle relève vers moi son regard bleu du ciel. Ellem’attend, elle sait que ma venue est synonyme de chant, et le chant c’est sonespace à elle, sa clé, son moment, un temps suspendu pendant lequel sa maladies’efface, une bulle pendant laquelle sa mémoire est active, vaillante, vive, relevée,généreuse.Danielle est passionnée de chansons, elle est une artiste à la mémoire truffée denotes, de croches et triolets, de silences et soupirs qui signifient la vie, vibrante demultiples mélodies et des paroles qui vont avec. Il y a la Danielle courbée,laborieuse, qui traine et tire sur le carrelage ses semelles qui semblent peser si lourd,le visage vers le sol, la démarche chaotique, les chutes fréquentes, Et il y a laDanielle qui chante, qui relève buste et visage, qui ouvre son gosier comme unoiseau de paradis et s’envole sur les portées de chansons de tous âges, en souriant,ouverte au monde, en respirant, oxygénée, et qui alors dit tout, qui communie avecles anges et les étoiles !Après qu’elle ait chanté, elle reste dans cet état d’ouverture, quasi d’extase, encoreun moment, comme les flocons des boules à neige en lent suspens au-dessus dupaysage. Dans cet état, le cœur de Danielle est dans ses yeux, dans ses mains,dans ses bras, dans ses jambes. La ferveur musicale qui l’habite navigue dans soncorps comme une sève. Et Danielle partage et diffuse autour d’elle cette chaleurjoyeuse qui la porte.C’est dans cet élan que je l’ai vue la semaine dernière sortir de notre salle aprèsl’atelier chant, marcher, ou plutôt voguer à la rencontre des résidents les jambesvigoureuses et les talons soulevés, les embrasser un à un dans un geste pleind’amour. On aurait dit que chacun était son enfant, sa mère, son frère, son trésor.Elle les serrait dans ses p’tits bras menus, les contemplait dans le profond de leurâme, son regard planté dans leurs yeux étonnés, elle les bécotait, leur caressait lescheveux avec tendresse, leur disait des mots doux, des mots tout en coton. Elledistribuait à pleines doses la joie dont elle débordait ! Tellement émouvant !Les amis, quel est-il notre outil de paradis à nous ? La danse, la couture, la nature, lacuisine, la nage, la chasse aux papillons, la collection de cocottes en papier ? Quelleest la source qui remplit nos réservoirs d’une sève si puissante qu’il nous estimpossible ensuite de ne pas la redistribuer ? Cultivons-la cette source, pratiquons-la, que notre semaine en soit nourrie jusqu’à débordement !

Cultivons nos sources jusqu’à débordement  !
En Ehpad la semaine dernière, je cherchais ma patiente Danielle. Danielle commetoutes les personnes atteintes d’Alzheimer, est fragile, désorientée, mais ce quifrappe quand on la croise, c’est son visage et son sourire, sur lesquels on lit entransparence son cœur doux comme du papier de soie.Quand j’arrive en début d’après-midi, je trouve habituellement Danielle assise dans lesalon sur un rayon de soleil, dodelinant du menton parmi ses copains d’âge, dans unroupillon bien mérité. Elle repère probablement mon arrivée à ma voix car il suffit queje fasse 2 pas vers elle pour qu’elle relève vers moi son regard bleu du ciel. Ellem’attend, elle sait que ma venue est synonyme de chant, et le chant c’est sonespace à elle, sa clé, son moment, un temps suspendu pendant lequel sa maladies’efface, une bulle pendant laquelle sa mémoire est active, vaillante, vive, relevée,généreuse.Danielle est passionnée de chansons, elle est une artiste à la mémoire truffée denotes, de croches et triolets, de silences et soupirs qui signifient la vie, vibrante demultiples mélodies et des paroles qui vont avec. Il y a la Danielle courbée,laborieuse, qui traine et tire sur le carrelage ses semelles qui semblent peser si lourd,le visage vers le sol, la démarche chaotique, les chutes fréquentes, Et il y a laDanielle qui chante, qui relève buste et visage, qui ouvre son gosier comme unoiseau de paradis et s’envole sur les portées de chansons de tous âges, en souriant,ouverte au monde, en respirant, oxygénée, et qui alors dit tout, qui communie avecles anges et les étoiles  !Après qu’elle ait chanté, elle reste dans cet état d’ouverture, quasi d’extase, encoreun moment, comme les flocons des boules à neige en lent suspens au-dessus dupaysage. Dans cet état, le cœur de Danielle est dans ses yeux, dans ses mains,dans ses bras, dans ses jambes. La ferveur musicale qui l’habite navigue dans soncorps comme une sève. Et Danielle partage et diffuse autour d’elle cette chaleurjoyeuse qui la porte.C’est dans cet élan que je l’ai vue la semaine dernière sortir de notre salle aprèsl’atelier chant, marcher, ou plutôt voguer à la rencontre des résidents les jambesvigoureuses et les talons soulevés, les embrasser un à un dans un geste pleind’amour. On aurait dit que chacun était son enfant, sa mère, son frère, son trésor.Elle les serrait dans ses p’tits bras menus, les contemplait dans le profond de leurâme, son regard planté dans leurs yeux étonnés, elle les bécotait, leur caressait lescheveux avec tendresse, leur disait des mots doux, des mots tout en coton. Elledistribuait à pleines doses la joie dont elle débordait  ! Tellement émouvant  !Les amis, quel est-il notre outil de paradis à nous  ? La danse, la couture, la nature, lacuisine, la nage, la chasse aux papillons, la collection de cocottes en papier  ? Quelleest la source qui remplit nos réservoirs d’une sève si puissante qu’il nous estimpossible ensuite de ne pas la redistribuer  ? Cultivons-la cette source, pratiquons-la, que notre semaine en soit nourrie jusqu’à débordement  !
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