L’autre jour, dans ma ptite caisse à roulettes, je divaguais intérieurement, un peumangée par ma journée, pensant à tel patient, m’inquiétant de tel autre, et je roulais,ruminant mes pensées. Dans cet état de pilotage semi-automatique, une bagnolem’a doublée en crachant au passage par son pot d’échappement un gros nuage toutnoir. J’ai trouvé qu’elle ne manquait pas d’air de rouler en public dans un état pareil,elle devait avoir justement l’admission d’air bouchée, avoir pété une durite et êtresacrément bien encrassée du filtre ! Ce crachat moche et charbonneux m’a extirpéed’un coup de l’état d’assoupissement et de semi langueur dans lequel je végétais auvolant. Je me suis mise à fixer le pot d’échappement cracheur de pollution enmarmonnant des noms d’oiseaux à son propriétaire. J’étais partie dans une autrefixette, non plus mes pensées inquiètes pour tel ou tel patient, mais le sauvetage dela planète, au nom de tous les allergiques à la pollution, les nez qui grattent, les pifsbouchés, les yeux rouges qui démangent et larmoient, les toux qui sifflent, lespoussées d’urticaire et de plaques d’eczéma. Je repartais dans mon traversobsessionnel, pilotée par ma colère pleine d’empathie pour les bronchiteuxchroniques et les cancéreux du poumon. Et puis, je ne sais par quel miracle, j’ai levéles yeux, enfin, un peu plus haut que le pot et que le bout de mon pif, et je suistombée sur le spectacle céleste de ces gros nuages blancs moelleux que j’aime tant,ces cumulus à la chantilly crémeuse, éclatants de lumière, bourgeonnants commedes choux-fleurs et des moutons de paradis. Mon p’tit vélo mental s’est stoppé net.La contemplation de cet incroyable décor m’a fait immédiatement redescendre dansl’instant, calme, simplement présente au monde. Comme une ardoise magique, lavue de la nature m’a réancrée, alignée, libérée de mon agitation émotionnelle et demes jugements agacés. La contemplation du beau apaise, simplifie, ancre, ouvre,libère ! C’est ce qui se passe en art-thérapie : en atelier, par le chant, la danse, onrevient à l’instant présent, à la simplicité, à l’ancrage corporel, on laisse de côté lebrouhaha émotionnel et mental. Comme l’ardoise magique efface les graffitis pour unretour à la page blanche, l’art-thérapie apaise les bruits de nos systèmesémotionnels et de nos fixettes mentales, pour un retour au calme et à la paix. Quandun bolide nous double sur le périph tout en crachant des fumées moches, quandnous sommes préoccupés ou obsédés par des pensées en boucle, levons le regardplus haut plus loin, le ciel vient à notre secours et nous invite en un instant à unepartie de bonheur, de saute-moutons à dos de cumulus !
Ma ptite caisse à roulettes
ma ptite caisse à roulettes
L’autre jour, dans ma ptite caisse à roulettes, je divaguais intérieurement, un peumangée par ma journée, pensant à tel patient, m’inquiétant de tel autre, et je roulais,ruminant mes pensées. Dans cet état de pilotage semi-automatique, une bagnolem’a doublée en crachant au passage par son pot d’échappement un gros nuage toutnoir. J’ai trouvé qu’elle ne manquait pas d’air de rouler en public dans un état pareil,elle devait avoir justement l’admission d’air bouchée, avoir pété une durite et êtresacrément bien encrassée du filtre ! Ce crachat moche et charbonneux m’a extirpéed’un coup de l’état d’assoupissement et de semi langueur dans lequel je végétais auvolant. Je me suis mise à fixer le pot d’échappement cracheur de pollution enmarmonnant des noms d’oiseaux à son propriétaire. J’étais partie dans une autrefixette, non plus mes pensées inquiètes pour tel ou tel patient, mais le sauvetage dela planète, au nom de tous les allergiques à la pollution, les nez qui grattent, les pifsbouchés, les yeux rouges qui démangent et larmoient, les toux qui sifflent, lespoussées d’urticaire et de plaques d’eczéma. Je repartais dans mon traversobsessionnel, pilotée par ma colère pleine d’empathie pour les bronchiteuxchroniques et les cancéreux du poumon. Et puis, je ne sais par quel miracle, j’ai levéles yeux, enfin, un peu plus haut que le pot et que le bout de mon pif, et je suistombée sur le spectacle céleste de ces gros nuages blancs moelleux que j’aime tant,ces cumulus à la chantilly crémeuse, éclatants de lumière, bourgeonnants commedes choux-fleurs et des moutons de paradis. Mon p’tit vélo mental s’est stoppé net.La contemplation de cet incroyable décor m’a fait immédiatement redescendre dansl’instant, calme, simplement présente au monde. Comme une ardoise magique, lavue de la nature m’a réancrée, alignée, libérée de mon agitation émotionnelle et demes jugements agacés. La contemplation du beau apaise, simplifie, ancre, ouvre,libère ! C’est ce qui se passe en art-thérapie : en atelier, par le chant, la danse, onrevient à l’instant présent, à la simplicité, à l’ancrage corporel, on laisse de côté lebrouhaha émotionnel et mental. Comme l’ardoise magique efface les graffitis pour unretour à la page blanche, l’art-thérapie apaise les bruits de nos systèmesémotionnels et de nos fixettes mentales, pour un retour au calme et à la paix. Quandun bolide nous double sur le périph tout en crachant des fumées moches, quandnous sommes préoccupés ou obsédés par des pensées en boucle, levons le regardplus haut plus loin, le ciel vient à notre secours et nous invite en un instant à unepartie de bonheur, de saute-moutons à dos de cumulus !
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