A la gare Montparnasse il y a quelques semaines, nous étions toute une foule enapnée attendant qu’apparaissent sur les panneaux d’affichage le numéro de la voiepour chaque destination. Sacs entre les pattes, valises à roulettes amarrées à lahanche, ados à capuches, jeunes pro à costards, mamies à chignon, couples envadrouille, nous étions des centaines les uns proches des autres, à tenir nos têtes etnos regards fixés, pour ne pas dire hébétés, vers les signaux en hauteur, attendantl’annonce du numéro du quai comme on attend un événement crucial. Il y avait danscet instant d’attente, un mélange d’excitation, d’impatience, une tension suspendue,rien n’existait plus pour chacun que ces écrans couverts de chiffres et dedestinations. Il semblait à nous observer que nos vies dépendaient toute entière decette annonce, sans connexion entre les êtres, chaque bulle étant parfaitementhermétique à celle du voisin. Dès l’apparition à l’écran d’un numéro de voie, tout untas d’humains dispatchés dans la foule, comme sauvés de leur torpeur, s’agitaientaussitôt, balançaient leurs sacs sur le dos, empoignaient leurs valises et sedirigeaient à pas précipités vers le quai indiqué, chaque voyageur dans son voyage,droit devant lui, sans dévier du programme. Etonnant ces centaines de viesparallèles ! Imaginons un peu : que se passerait-il si comme une grosse farce lamachine bien huilée déraillait, si les voies indiquées se mélangeaient, nousembarquant chacun à notre insu dans un tout autre train, pour une destinationabsolument imprévue ? Les voyageurs pour Cannes se retrouveraient à Roubaix, lesBretons en cirés seraient emmenés à Grenoble, les Bayonnais à Limoges, lescitadins à la campagne, les amoureux de grandes métropoles dans le trou perdu dela France, rien ne roulerait comme il faut, ce serait l’embrouille total des aiguillages.Ce serait drôle ! Je suis convaincue qu’alors nous aurions l’instinct, le besoin d’entreren communication les uns avec autres, de partager nos questions, nos paniques, devérifier si l’aventure foireuse concernait aussi notre voisin, de commenter la situationdélirante. Quand nous sommes déstabilisés, nous nous tournons spontanément versl’autre, nous ressentons le besoin de sortir de notre solitude. L’inhabituel nouspousse à l’ouverture, à la co-dépendance amicale, à chercher qui se trouve là, prèsde nous, à entrer en contact et à créer du lien. L’inconfort et la fragilité nous obligentà accepter une aide, à cheminer ensemble, l’inconnu trouve une place ! C’est tout àfait ce qui advient en atelier danse-thérapie : instant après instant, sans programmepréalable, les propositions inhabituelles de créativité invitent le patient às’abandonner. L’inconfort passager du début enveloppé avec soin par le thérapeuteconduit finalement le patient au lâcher-prise bienfaisant. Sorti de sa routine et de sesrepères, le patient entre en lien avec les autres et se laisse pas à pas embarquerdans une danse imprévue, un voyage inattendu source de joie et de libérationprofonde ! Tous voyageurs ici-bas, profitons des erreurs d’aiguillages de nos viesdécousues pour réaliser et goûter combien nous avons besoin les uns des autres etcombien il est bon de relier nos vulnérabilités !
Et si on embarquait pour ailleurs ?
Et si on embarquait pour ailleurs ?
A la gare Montparnasse il y a quelques semaines, nous étions toute une foule enapnée attendant qu’apparaissent sur les panneaux d’affichage le numéro de la voiepour chaque destination. Sacs entre les pattes, valises à roulettes amarrées à lahanche, ados à capuches, jeunes pro à costards, mamies à chignon, couples envadrouille, nous étions des centaines les uns proches des autres, à tenir nos têtes etnos regards fixés, pour ne pas dire hébétés, vers les signaux en hauteur, attendantl’annonce du numéro du quai comme on attend un événement crucial. Il y avait danscet instant d’attente, un mélange d’excitation, d’impatience, une tension suspendue,rien n’existait plus pour chacun que ces écrans couverts de chiffres et dedestinations. Il semblait à nous observer que nos vies dépendaient toute entière decette annonce, sans connexion entre les êtres, chaque bulle étant parfaitementhermétique à celle du voisin. Dès l’apparition à l’écran d’un numéro de voie, tout untas d’humains dispatchés dans la foule, comme sauvés de leur torpeur, s’agitaientaussitôt, balançaient leurs sacs sur le dos, empoignaient leurs valises et sedirigeaient à pas précipités vers le quai indiqué, chaque voyageur dans son voyage,droit devant lui, sans dévier du programme. Etonnant ces centaines de viesparallèles ! Imaginons un peu : que se passerait-il si comme une grosse farce lamachine bien huilée déraillait, si les voies indiquées se mélangeaient, nousembarquant chacun à notre insu dans un tout autre train, pour une destinationabsolument imprévue ? Les voyageurs pour Cannes se retrouveraient à Roubaix, lesBretons en cirés seraient emmenés à Grenoble, les Bayonnais à Limoges, lescitadins à la campagne, les amoureux de grandes métropoles dans le trou perdu dela France, rien ne roulerait comme il faut, ce serait l’embrouille total des aiguillages.Ce serait drôle ! Je suis convaincue qu’alors nous aurions l’instinct, le besoin d’entreren communication les uns avec autres, de partager nos questions, nos paniques, devérifier si l’aventure foireuse concernait aussi notre voisin, de commenter la situationdélirante. Quand nous sommes déstabilisés, nous nous tournons spontanément versl’autre, nous ressentons le besoin de sortir de notre solitude. L’inhabituel nouspousse à l’ouverture, à la co-dépendance amicale, à chercher qui se trouve là, prèsde nous, à entrer en contact et à créer du lien. L’inconfort et la fragilité nous obligentà accepter une aide, à cheminer ensemble, l’inconnu trouve une place ! C’est tout àfait ce qui advient en atelier danse-thérapie : instant après instant, sans programmepréalable, les propositions inhabituelles de créativité invitent le patient às’abandonner. L’inconfort passager du début enveloppé avec soin par le thérapeuteconduit finalement le patient au lâcher-prise bienfaisant. Sorti de sa routine et de sesrepères, le patient entre en lien avec les autres et se laisse pas à pas embarquerdans une danse imprévue, un voyage inattendu source de joie et de libérationprofonde ! Tous voyageurs ici-bas, profitons des erreurs d’aiguillages de nos viesdécousues pour réaliser et goûter combien nous avons besoin les uns des autres etcombien il est bon de relier nos vulnérabilités !
Propositions
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